
Après plusieurs jours de lecture, de schémas griffonnés et de calculs de préfixes, Mélanie sent qu’il est temps de passer à l’action. Aujourd’hui, elle va apprendre à configurer les adresses IPv6 elle-même. Statique ou automatique, avec ou sans EUI-64, en interface simple ou dans des environnements plus complexes — il est temps de mettre les mains à la pâte. Son objectif : tester, comprendre, et surtout vérifier ce qui se passe réellement quand une adresse IPv6 est appliquée à un équipement.
Elle s’interroge :“Est-ce vraiment si différent d’IPv4 ? Et comment être sûre que tout fonctionne comme prévu ?”
Ce chapitre va lui permettre — et à vous aussi — d’explorer concrètement la configuration d’adresses IPv6.
Pour configurer une adresse IPv6 statique, allez sur l’interface concernée, entrez l’adresse IPv6 et le préfixe :
Vous pouvez vérifier votre configuration avec la commande suivante :
EUI-64 (pour EXTENDED UNIQUE IDENTIFIER) est une méthode qui permet de configurer automatiquement les adresses IPv6 des hôtes sans avoir besoin d’un serveur DHCP ! L’adresse MAC va être utilisée pour générer un ID d’interface unique sur 64 bits.
Une adresse MAC est codée sur 48 bits, mais l’ID requiert 64 bits, comment faire ?
Il suffit de « couper » l’adresse MAC en deux parties, et d’ajouter FFFE entre ces deux parties. Par exemple, avec l’adresse MAC 10F4:466A:5AC1, on obtient : 10F4 46FF FE6A 5AC1
Mais ça n’est pas fini, il reste encore une étape… Il faut inverser le 7eme bit de l’id d’interface, qui représente le bit universel unique / local.
Si ce bit est à la valeur 0, l’adresse est universelle unique, par exemple attribuée par L’IEEE.
Si ce bit est à la valeur 1, l’adresse est attribuée localement, par EUI-64.
Dans notre cas, on obtient :
10 = 0 0 0 1 0 0 0 0 donnera 12 = 0 0 0 1 0 0 1 0
AVANT :
10F4 46FF FE6A 5AC1
APRÈS :
12F4 46FF FE6A 5AC1
Voici maintenant un exemple :
J’ai configuré une interface en EUI-64
Voici son adresse physique :
Et voici le résultat :
Voici l’adresse MAC de base :
CA01:1620:0000
Avec FFFE et inversement du 7eme bit :
C801:16FF:FE20:0
CA = 11001010
C8 = 11001000
Voilà une fonctionnalité bien pratique !
Forte de son expérience avec IPv4, Mélanie s’interroge :
“D’accord, il n’y a plus de broadcast en IPv6… mais alors, comment une machine connaît-elle l’adresse MAC de ses voisins ?”
Elle se souvient du bon vieux protocole ARP, pilier de la résolution IP@MAC dans IPv4. Mais ici, ce mécanisme a disparu. En poursuivant ses recherches, elle découvre ce qui le remplace : le protocole NDP — Neighbor Discovery Protocol. IPv6 repose sur ce protocole pour assurer plusieurs fonctions clés, dont la découverte des voisins sur le réseau local.
Voici comment cela fonctionne…
Chaque machine qui dispose d’une adresse IPv6 est associée à une adresse multicast spéciale dérivée des 24 derniers bits de son adresse. On nomme cette adresse SOLICITED NODE MULTICAST ADDRESS. Voici la structure de cette adresse multicast :
FF02::1:FFXX:XXXX
La partie en gras ci-dessus représente les 24 derniers bits de l’adresse de l’interface.
L’illustration ci-dessous permet de voir une adresse de lien local qui termine par 30:0 et une adresse multicast solicited node multicast address qui se termine de la même façon :
Si on configure une adresse avec EUI-64, l’adresse solicited node multicast address restera la même, car cette adresse se terminera comme l’adresse de lien local :
En revanche, si vous configurez une adresse statique sans EUI-64, il y aura une adresse solicited node multicast address supplémentaire :
Maintenant que j’ai compris le principe de l’adresse solicited node multicast address, j’aimerais bien comprendre les messages utilisés par le protocole NDP.
Quand une machine veut découvrir un voisin, elle envoie un message NEIGHBOR SOLICITATION (NS) à l’adresse solicited node multicast address de ce voisin, contrairement à ARP qui utilisait le broadcast.
Le voisin répond avec un message NEIGHBOR ADVERTISEMENT (NA), ce qui permet à la machine d’apprendre l’adresse MAC du voisin avec lequel elle souhaite communiquer.
Pour que vous puissiez bien comprendre ce mécanisme, regardez les illustrations ci-dessous :
On peut voir que le routeur Etienne_R1 a envoyé un NS au routeur Etienne_R2 et que ce dernier a répondu avec un NA :
À l’inverse, sur le routeur Etienne_R2, on voit que l’on a reçu un paquet NS du routeur voisin, que l’on a ensuite effectué une résolution de l’adresse (INCMP) et que l’on a ensuite répondu avec un NA :
NDP utilise également le mécanisme DAD (DUPLICATE ADDRESS DETECTION) : un message NS est envoyé vers l’adresse solicited node multicast address de l’adresse que l’on souhaite vérifier, et si il n’y a pas de réponse, cela veut dire que l’adresse n’est pas utilisée et qu’elle est donc libre, par contre, si on reçoit un paquet NA, cela veut dire que l’adresse est déjà utilisée.
À noter, si une autre machine effectue un DAD pour cette adresse et envoie un NS au même moment, l’adresse est considérée comme dupliquée et ne pourra être utilisée par aucune des machines.

Dans cet exercice, vous allez utiliser une maquette packet tracer préconfigurée qui représente une partie du réseau de Mélanie sur laquelle vous allez configurer des adresses IPv6 de façon statique.
Quand vous avez terminé, utilisez ce corrigé pour vérifier votre travail.
Et maintenant, on passe à Devinez la suite. À vous de compléter… c’est parti !
Une adresse IPv6 n’est pas plus compliquée à configurer qu’une adresse IPv4.
EUI-64 permet de configurer automatiquement l'identifiant hôte sur 64 bits.
Le mécanisme DAD (Duplicate address detection) permet de s’assurer qu’aucun conflit IPv6 ne peut se produire.
NDP remplace ARP.
Maintenant que vous savez configurer manuellement des adresses IPv6, voyons comment rendre tout cela automatique grâce à SLAAC et DHCPv6.