
Quelques mois ont passé. Nathan participe davantage à la vie de la section, mais il utilise encore peu de mots. Sa famille parle deux langues (français et roumain) à la maison et elle vous partage que Nathan comprend les consignes qui lui sont adressées, en français comme en roumain.
Alors, comment observer le développement de la communication pour adapter votre accompagnement sans tirer de conclusions trop hâtives ?
Votre objectif est de passer d’un regard intuitif à une démarche professionnelle : repérer les manifestations de la communication, les situer à l’aide de repères et les formaliser pour pouvoir les partager.
Un jeune enfant communique bien avant de prononcer ses premiers mots. Il utilise son regard, son corps, ses gestes, ses expressions, ses vocalisations, puis progressivement des mots et des phrases.
Les différents moments de la journée ne montrent pas toujours les mêmes compétences. Pendant un jeu, Nathan peut imiter un son. Au repas, il peut tendre son verre et regarder l’adulte. Lors d’une transition, il peut comprendre une consigne sans y répondre verbalement.
Manifestation | Exemples |
Vocale préverbale | Cris différenciés, vocalisations, babillage |
Gestuelle et visuelle | Regard, sourire, pointage, mimiques, posture |
Verbale | Mots, associations de mots, phrases |
Interactionnelle | Imitation, attention conjointe, tour de rôle |
Une manifestation isolée ne suffit pas à caractériser la communication d’un enfant. Observez plutôt ce qui se répète : dans quelle situation le comportement apparaît-il ? Avec qui ? Quelle réaction provoque-t-il chez l’autre ?
Les comportements sont maintenant identifiés ; il faut les situer sans transformer les repères en normes rigides.
Ces repères doivent toujours être mis en relation avec l’ensemble des moyens de communication de l’enfant. Un enfant peut, par exemple, prononcer peu de mots tout en comprenant des consignes, en pointant ce qui l’intéresse et en cherchant activement l’échange.
La frise suivante présente les principales étapes de cette progression.

La frise donne une vue d’ensemble. Téléchargez ce tableau en format PDF pour vous aider à observer à chaque période.
Ces repères vous aident donc à analyser une évolution — jamais à classer un enfant. Mais situer un comportement sur une frise ne suffit pas : encore faut-il savoir ce qui, chez Nathan en particulier, peut expliquer qu'il avance à son propre rythme. C'est ce que vous allez voir maintenant.
Dans cette vidéo, Hana vous aide à utiliser les repères tout en tenant compte de l’histoire et de l’environnement de chaque enfant.

Avant de formaliser vos observations, vérifiez que vous distinguez bien ce que vous avez vu de ce que vous en déduisez. Classez chaque formulation dans la catégorie fait observable ou interprétation.
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Réponse : Les formulations 1, 3 et 5 décrivent des faits observables tandis que les formulations 2, 4 et 6 sont des interprétations ou des conclusions qui demandent à être étayées. |
Vous pouvez maintenant transformer les faits recueillis en traces utiles.
Observer ne suffit pas : encore faut-il pouvoir mettre en mots ce que vous avez vu, de façon à ce que cette observation reste utile plus tard — pour vous-même, ou pour quelqu'un qui n'était pas présent.
Pour rester exploitable, une observation doit aussi être datée et contextualisée : à quel moment de la journée, dans quelle situation, avec qui. "Nathan pointe le jouet et regarde l'adulte" dit peu de choses seule ; "Le 14 mars, pendant le temps de jeu libre, Nathan pointe le jouet et regarde l'adulte" devient une donnée que vous pourrez comparer à d'autres, plus tard.
Depuis plusieurs semaines, l’équipe observe que Nathan communique différemment selon les situations : il utilise quelques mots en échange individuel, mais surtout des gestes et des vocalisations en groupe. Sa mère indique qu’il emploie aussi certains mots en roumain à la maison. Ces constats invitent l’équipe et la famille à croiser leurs observations afin de mieux comprendre sa communication et d’ajuster son accompagnement.
Une observation devient réellement utile lorsqu’elle peut être comprise et analysée par d’autres. Le croisement des regards permet de mieux cerner les besoins de l’enfant et de limiter les conclusions fondées sur une impression isolée.
Utilisez le support prévu par votre structure : fiche d’observation, cahier professionnel, dossier individuel ou outil numérique. Respectez les règles de confidentialité et notez uniquement les informations utiles à l’accompagnement.
Indiquez au minimum :
la date et le moment de la journée,
la situation observée,
les personnes présentes,
les paroles, gestes, vocalisations ou réactions de l’enfant,
si nécessaire, la réponse de l’adulte.
Par exemple :
"Le 14 mars, pendant le repas, Nathan regarde son verre, tend la main et vocalise deux fois. Lorsque l’adulte lui demande s’il veut de l’eau, il sourit et tend de nouveau son verre."
Cette formulation décrit les faits sans attribuer d’intention certaine à Nathan.
Lorsqu’une observation nécessite un échange approfondi avec les parents, celui-ci est généralement organisé dans un espace confidentiel et conduit par l’éducatrice de jeunes enfants ou la direction, selon l’organisation de la structure. Le professionnel qui a observé l’enfant contribue à la préparation de cet échange et son point de vue reste essentiel.
En crèche, les observations sont partagées avec les professionnels concernés. En école maternelle, l’ATSEM les transmet à l’enseignant. En accueil individuel, l’assistant.e maternel.le échange avec les parents et peut, si nécessaire, solliciter le relais petite enfance.
L’écrit conserve une trace, mais ne remplace pas les échanges oraux. Toutes les notes internes ne sont pas destinées à être transmises telles quelles aux familles : utilisez le canal prévu par la structure.
Une transmission doit permettre de distinguer ce qui a été observé, ce qui est interprété et ce qui reste à vérifier. Décrivez donc ce que vous avez vu ou entendu, sans jugement ni conclusion médicale.
L’observation de la communication repose sur des faits répétés et variés, en tenant compte des regards, gestes, vocalisations, mots et interactions de l’enfant dans différents contextes.
Les repères du développement permettent d’analyser l’évolution de la communication sans comparer les enfants ni transformer ces repères en normes, car la compréhension précède souvent l’expression orale.
Les différences individuelles, comme le tempérament, les expériences ou le bilinguisme, influencent le développement de la communication et doivent toujours être prises en compte avant toute conclusion.
Une observation professionnelle distingue les faits observés des interprétations et des hypothèses, tout en précisant le contexte, la date et la situation afin de produire des informations fiables.
Des observations objectives, partagées avec l’équipe et les familles dans le respect de la confidentialité, permettent d’adapter l’accompagnement aux besoins réels de l’enfant.
Vous savez désormais observer la communication d’un jeune enfant avec méthode, situer ses acquisitions avec prudence et partager des informations fiables. Ces observations doivent maintenant guider votre pratique : vous allez apprendre à les transformer en actions concrètes pour soutenir la communication dans les situations du quotidien.