Préparez la réception et gérez la non-conformité des travaux

La réception des travaux est l’une des étapes les plus critiques dans un projet de rénovation. Votre rôle dans ce processus est non seulement de garantir la conformité et la qualité des travaux, de protéger le maître d’ouvrage, mais aussi de laisser une bonne impression en montrant votre professionnalisme. 

Dans cette partie, nous allons explorer les points essentiels pour maîtriser la réception des travaux en nous appuyant sur des situations concrètes.

Rédigez le Rapport de Contrôle

Imaginez que vous arriviez à la fin du suivi de chantier de la rénovation énergétique d’une maison : l’objectif était d’installer une isolation thermique extérieure et une PAC air/eau. Lors de votre visite, vous constatez que l’épaisseur de l’isolant d’un des murs ne correspond pas aux spécifications de l’audit énergétique. La première étape est alors de rédiger un rapport de contrôle qualité détaillé.

Comment rédiger ce rapport ? 

En suivant cette méthode vous pourrez rédiger un rapport utile pour la suite des échanges avec l’entreprise :

  • Document structuré : Un rapport clair (mise en forme) facilite la communication avec les différents intervenants. Par exemple, divisez le en sections : contexte, points vérifiés, non-conformités constatées, recommandations (par exemple avec les fiches d’autocontrôles).

  • Restez factuel : Prenez des photos des éléments défaillants et associez-y des descriptions précises. Par exemple : « L’isolant posé sur la façade nord-ouest mesure 10 cm d’épaisseur contre les 12 cm prévus dans le devis. »

  • Basez-vous sur les référentiels en vigueur : Mentionnez les normes techniques applicables, comme les DTU, pour justifier vos observations.

Dans le cadre d’un chantier de rénovation globale sur un immeuble collectif, Noa intervient pour vérifier la conformité des menuiseries extérieures installées. En consultant les étiquettes et certificats techniques, il constate que plusieurs fenêtres posées n’affichent pas la classe de performance thermique attendue selon le marché : elles ne sont pas labellisées Acotherm ou ne présentent pas le coefficient Uw requis.

Les fenêtres en question sont déjà posées sur trois niveaux du bâtiment. L’écart entre les performances prévues et celles effectivement livrées risque de compromettre l’éligibilité aux aides financières et diminuer la performance énergétique globale du projet.

Réflexe professionnel : Noa rédige un rapport de non-conformité détaillé, dans lequel il documente les références exactes des menuiseries concernées, les exigences initiales (cahier des charges / devis) et les écarts constatés. Il transmet ce rapport à l’entreprise de menuiserie et au maître d’œuvre, en demandant le remplacement des fenêtres non conformes. Cette rigueur garantit la traçabilité des échanges et sécurise juridiquement la suite du chantier.

Proposez des Actions Correctives et Suivez les Ajustements

Un rapport de contrôle n’est efficace que s’il est suivi d’actions concrètes. Comment faire corriger les défauts identifiés ?

  1. Planifiez avec précision : Organisez une réunion (de préférence sur site) avec l’entreprise ou l’artisan concerné pour définir les actions nécessaires. Rédigez une feuille de route avec un calendrier précis.

  2. Communiquez votre exigence de manière constructive : Expliquez clairement pourquoi l’ajustement est nécessaire, tout en restant dans une dynamique de collaboration.

  3. Vérifiez ensuite les réalisations : Reprenez le chantier pour vérifier que les travaux correctifs ont bien été exécutés.

Sur un chantier de rénovation d’une maison individuelle, Noa réalise une inspection en phase de préréception (OPR). En observant la couverture fraîchement posée, il constate l’absence totale de ventilation de la sous-toiture : aucun dispositif de type chatière, faîtage ventilé ou closoir n’a été prévu.

Cette omission, peut entraîner une accumulation d’humidité sous les tuiles, provoquant à terme des phénomènes de condensation, de dégradation des matériaux isolants, voire de développement de moisissures dans les combles.

Réflexe professionnel : Noa signale immédiatement cette non-conformité à l’entreprise de couverture. Il exige la pose de tuiles chatières conformes à la configuration du bâtiment et planifie une visite de contrôle finale une semaine plus tard pour vérifier la bonne exécution de la reprise. Cette action rapide permet de préserver la durabilité de la toiture et d’assurer le confort hygrothermique du logement.

En restant rigoureux, vous évitez les retards tout en maintenant une relation professionnelle avec les équipes.

L’OPR : L’Opération Préalable à la Réception des Travaux

L’OPR, ou opération préalable à la réception des travaux, est souvent perçue comme une ultime vérification avant le grand jour de la réception. Elle est particulièrement importante sur les chantiers complexes, comme les immeubles en copropriété ou les projets impliquant plusieurs lots techniques.

Comment conduire une OPR ?

  1. Inspectez chaque élément du chantier : Vérifiez si les travaux réalisés respectent les devis, plans, et réglementations. Nous avons parlé de ces aspects dans le chapitre 3.

  2. Concentrez-vous sur les finitions : C’est le moment idéal pour relever des défauts mineurs, comme des joints mal réalisés, des peintures inégales ou encore des équipements mal alignés.

  3. Documentez vos observations : Préparez une liste exhaustive des non-conformités détectées et classez-les par ordre de gravité.

Par exemple, pendant l’OPR d’un immeuble collectif, vous notez qu’un garde-corps de balcon n’a pas été posé conformément à la hauteur minimale réglementaire de 1 mètre. Même si cela ne concerne pas strictement les travaux de rénovation énergétique, c'est un point important.  En le consignant dans le compte rendu de l’OPR, vous pourrez exiger une correction avant la réception.

La norme NF P03-001 peut être utilisée comme cadre de référence pour rédiger le compte rendu final et structurer vos observations (même si elle n’a pas été mentionnée au marché de travaux). 

Réceptionnez les Travaux avec ou sans Réserves

En principe, c'est l'entreprise qui doit demander la réception des travaux au maître d’ouvrage par lettre recommandée.

Sur les petits chantiers privés, la date de réception est généralement fixée d’un commun accord.

La réception des travaux peut être émise avec ou sans réserves.

Réception sans réserves :

Ce scénario signifie que tout a été exécuté conformément au contrat initial. Votre rôle consistera simplement à finaliser le procès-verbal et à le faire signer par toutes les parties.

Ce cas est rare, la plupart du temps certains détails ont échappé à la vigilance de l'entreprise ou n’ont pas pu être corrigés avant la réception.

Réception avec réserves :

Lorsque certaines imperfections persistent ou que des non-conformités mineures sont constatées, vous devez les consigner dans le procès-verbal. Soyez précis dans la rédaction :

  • Détaillez la réserve : « Absence de rosace cache-tuyaux au niveau de la vanne du radiateur chambre n°2 à l’étage. »

  • Fixez une date limite pour lever les réserves : Généralement sous un délai d’un mois après réception.

Préparez un gabarit pour vos procès-verbaux, intégrant des champs spécifiques pour les réserves et les engagements de correction des entreprises. Voici un exemple.

Sur un chantier de rénovation énergétique, Noa réalise la visite de réception d’un système de chauffage avec chaudière régulée sur loi d'eau. En inspectant dehors, il constate que la sonde extérieure a été posée sur une façade exposée plein sud, directement au soleil.

Or, ce type de pose est contraire aux prescriptions du fabricant : la température relevée sera faussée, risquant de fausser la régulation du chauffage et de générer des surconsommations.

Réflexe professionnel : Noa inscrit cette anomalie de pose dans le procès-verbal de réception sous forme de réserve. Il informe l’entreprise de la nécessité de repositionner la sonde sur une façade nord ou ombragée, conformément aux règles de l’art. Il programme une visite de vérification dans un délai de deux semaines, afin de s’assurer de la levée de la réserve. Cette rigueur permet de garantir la performance réelle du système et d’éviter des litiges d’usage après réception.

La réception des travaux (avec ou sans réserves) engendre aussi le paiement du solde des travaux. La retenue de garantie, si elle a été prévue au contrat, peut être conservée pendant 1 an maximum (5% du montant des devis maximum).

Connaissez les Garanties et Responsabilités des Intervenants

Après la réception, plusieurs garanties démarrent et s'appliquent. Ces garanties protègent à long terme le maître d’ouvrage (ou le futur occupant).

Garanties légales à connaître :
  1. Garantie de parfait achèvement (GPA) : Valable pendant un an après réception, elle couvre tous les défauts signalés lors de la réception ou qui apparaissent après (sauf les défauts couverts par la décennale).

  2. Garantie biennale : Couvre pendant deux ans les éléments dissociables, comme les équipements électriques, de chauffage ou de plomberie.

  3. Garantie décennale : Engage l’entreprise pendant 10 ans pour les défauts graves rendant l’ouvrage impropre à son usage.

Importance des assurances :
  • Assurance dommages-ouvrage (DO) : Elle rembourse rapidement les frais liés aux interventions nécessaires (réparation, expertises…).

  • Assurance décennale : Obligatoire pour l’entreprise, elle protège la société de possibles recours concernant les travaux pendant 10 ans.

Les assurances garantissent la prise en charge des dommages en cas de litiges et permettent d’éviter d’engager l'entreprise sur ces fonds propres. 

Moins d’un an après la réception d’une maison rénovée, Noa est recontacté par le maître d’ouvrage, inquiet de traces d’humidité apparaissant autour d’une fenêtre du salon après de fortes pluies.

Sur place, Noa constate une infiltration localisée, probablement liée à un défaut d’étanchéité en tableau ou à une défaillance du calfeutrement extérieur. La pathologie n’était pas visible au moment de la réception, mais s’est manifestée à l’usage.

Réflexe professionnel : Noa rassure le client : ce type de désordre, constaté moins d’un an après réception, est couvert par la Garantie de Parfait Achèvement (GPA). De plus, le client ayant souscrit une assurance Dommages Ouvrage (DO), les réparations pourront être prises en charge rapidement, sans avance de frais.

Noa l’aide à formuler la déclaration à l’assurance et à notifier l’entreprise responsable. Ce suivi post-réception illustre l’importance d’un contrôle qualité sérieux… mais aussi d’un accompagnement du client dans la durée.

Gestion des litiges et des réserves

Dans cette partie, nous abordons la gestion des litiges et des réserves.

Dans votre quotidien, il vous arrivera inévitablement d’être confronté à des réclamations clients, à des travaux non conformes ou à des malfaçons avérées. Ce chapitre vous apporte des outils pratiques pour gérer ces situations de manière sereine et professionnelle.

Gestion des réclamations clients

Que faire face aux réclamations du maître d’ouvrage ?

Chaque fin de chantier est une étape où le maître d’ouvrage va inspecter le résultat final, souvent avec un regard très critique. Il est important de comprendre qu’une réclamation, aussi frustrante qu’elle puisse paraître, est avant tout une occasion de renforcer la confiance avec le client si elle est bien gérée.

Des réclamations peuvent survenir pour diverses raisons :

  • Finitions inattendues : une peinture irrégulière, un revêtement mal posé, des équipements non alignés.

  • Travaux non prévus initialement : parfois le client imagine des réalisations qui n’ont pas été évoquées ou incluses dans le devis.

  • Manquements clairs : un élément prévu au contrat, mais oublié dans la réalisation (exemple : un radiateur manquant dans une pièce).

Pour bien gérer ces réclamations, commencez par écouter attentivement le client. Posez des questions ouvertes pour bien cerner son problème et montrez-lui que la situation est prise au sérieux. Prenez des notes précises pour avoir une trace détaillée. Par exemple : « Monsieur Dupont mentionne que les joints des carrelages de la salle de bain du rez-de-chaussée sont mal réalisés le long des plinthes ».

Préparez un formulaire standardisé pour la réception des réclamations. Ce document vous aidera à structurer et à formaliser le traitement des demandes. C’est aussi un document essentiel pour justifier de la démarche qualité d’une entreprise.

La communication non violente

Dans des situations tendues, la clé pour désamorcer les conflits est une utilisation des principes de la communication non violente (CNV). 

Quels sont les principes de la communication non violente applicables sur le terrain ?

  1. Exprimez-vous calmement. Ne laissez pas vos émotions dicter vos réponses, même si le ton du client est accusateur.

  2. Basez vos échanges sur les faits. Appuyez vos réponses sur les informations contractuelles : devis signé, plans validés, règles de l’art.

  3. Montrez de l’empathie. Faites comprendre au client que vous comprenez son insatisfaction et que vous êtes là pour résoudre le problème (ce mettre à la place de…).

La méthode DESC est un moyen mnémotechnique pour exprimer positivement des désaccords selon l’approche de la communication non violente. Voici une vidéo qui explique plus en détail la méthode DESC. 

Tableau de la méthode DESC en quatre étapes : Décrire les faits, Exprimer ses sentiments, Spécifier une solution, Conclure positivement, avec exemples concrets pour chaque étape.
La méthode DESC

En suivant ces pratiques, vous conserverez une ambiance de collaboration saine et professionnelle, essentielle pour éviter l’escalade du conflit.

Gérez à l’amiable des malfaçons et des litiges

Même si elle peut paraître difficile lorsque les relations se sont tendus, la gestion à l’amiable peut éviter à l’ensemble des intervenants des procédures lourdes et coûteuses, qui sont sans aucune garantie sur l’issue du conflit. Des litiges portés devant le juge prennent plusieurs mois (ou années) à être instruits et peuvent geler le chantier.

Donnez toujours une dernière chance à la résolution d’un conflit à l’amiable y compris en faisant intervenir des médiateurs professionnels (experts, juristes, avocats…) pour pacifier et objectiver la situation.

Identifier et documenter les malfaçons

La première étape consiste à bien documenter les problèmes (voir 1ère partie du chapitre). 

Photographiez les zones touchées, réalisez un descriptif précis et comparez avec les documents du marché de travaux (devis, plans, cahiers des charges). Veillez à ce que tout soit consigné par écrit.

Résoudre le litige à l’amiable

Une fois le problème identifié, privilégiez toujours une gestion à l’amiable avant d’envisager d’autres solutions plus lourdes.

Quelle est la procédure idéale pour gérer un litige à l’amiable ?

  1. Rédigez un courrier à destination de l’entreprise ou de l’artisan impliqué. Précisez les défauts constatés et demandez une intervention.

  2. Appuyez-vous sur les responsabilités contractuelles. Par exemple, le contenu du devis et les obligations légales de l’entreprise.

  3. Proposez un délai convenable pour la reprise des travaux. Adaptez ce délai à l’ampleur des réparations nécessaires.

Pensez à communiquer uniquement par écrit (mails ou lettres recommandées). Cela garantit une traçabilité des échanges, ce qui peut être très utile pour prouver votre bonne foi en cas de procédure.

Lorsque vous rédigez un mail ou une lettre, évitez les formulations accusatrices. Privilégiez des phrases comme : « Suite à notre constat sur le chantier, nous avons relevé “tel problème”. Nous vous demandons donc d’intervenir pour effectuer les corrections nécessaires, conformément à l’article X du contrat de travaux. »

Les procédures judiciaires en cas de non-conformité

Quand aller en justice ?

Malheureusement, certaines situations ne peuvent pas être résolues à l’amiable. Si l’entreprise ou l’artisan refuse de régler le problème ou reste injoignable malgré plusieurs relances écrites, il devient nécessaire de recourir aux procédures judiciaires

Quel est le processus à suivre en cas de procédure judiciaire ?

  1. Envoyez un courrier recommandé avec accusé de réception. Ce dernier met en demeure l’entreprise fautive et lui impose un délai strict pour corriger le problème.

  2. Contactez un expert judiciaire. Cet expert sera chargé d’évaluer objectivement les problèmes et de rédiger un rapport technique qui pourra être utilisé par le juge (liste des experts judiciaires cour de cassation).

  3. Engagez une action légale. Après l’expertise, vous pouvez saisir un tribunal compétent, souvent le tribunal judiciaire (anciennement tribunal de grande instance).

Impliquez les assurances et garanties

Dans de telles situations, les assurances obligatoires jouent un rôle fondamental :

  • L’assurance dommage-ouvrage (DO) rembourse les réparations nécessaires sans attendre qu’un jugement soit prononcé.

  • L’assurance décennale de l’entreprise fautive peut également couvrir les coûts engendrés par les malfaçons.

Si vous suivez les bons protocoles il est donc possible d’obtenir une réparation ou une remise en état en cas de malfaçon avérée. Continuez à développer votre expertise et souvenez-vous : chaque litige bien géré renforce votre savoir-faire et votre réputation.

En résumé 

  • Conservez une trace écrite de tous les échanges lors de la phase de contrôle de conformité, d’OPR et de réception des travaux.

  • Adoptez une approche factuelle et utilisez des outils et méthodes adaptés pour gérer les conflits comme la communication non violente et la méthode DESC.

  • Privilégiez les solutions à l’amiable qui sont plus simples et rapides tout en préparant un possible recours judiciaire pour parer à toute éventualité.

Bravo nous sommes arrivés à la fin du cours ! J’espère que tu as désormais toutes les cartes en main pour suivre de beaux chantiers jusqu'à la réception des travaux. Les maîtres d’ouvrage te seront toujours reconnaissants du suivi sérieux de leurs travaux et de les accompagner dans cette grande aventure de la rénovation énergétique… jusqu' au bout !

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