Diagnostiquez et sécurisez la trésorerie

La dirigeante souhaite désormais investir dans un nouvel équipement. Mais attention : avant d'investir, il faut s'assurer que l'entreprise dispose des liquidités nécessaires au quotidien !

Dans ce chapitre va vous allez apprendre à repérer les tensions de liquidité, à analyser les délais de paiement et à bâtir un plan d'action pour sécuriser votre trésorerie avant d'engager le moindre euro dans un investissement.

Lisez un échéancier et repérez les risques

Pour commencer, revenons sur une confusion très courante : le solde de trésorerie n'est pas le résultat comptable ! Comme vous l’avez vu dans le cours Pilotez la performance financière de l’entreprise, une entreprise peut générer un bénéfice important sur son compte de résultat (elle est rentable), mais se retrouver en cessation de paiements parce qu'elle n'a plus d'argent sur son compte en banque.

Pourquoi ? À cause du décalage permanent entre le moment où vous facturez une vente et le moment où vous l'encaissez, ainsi qu'entre le moment où vous recevez une facture fournisseur et le moment où vous la décaissez. C'est ce qu'on appelle le besoin en fonds de roulement (BFR).

Mais alors, comment fait-on pour s'assurer qu'on aura assez d'argent à la fin du mois pour payer les salaires et les fournisseurs ? 

C'est ici qu'intervient l'échéancier, ainsi que le plan de trésorerie. Un échéancier liste l'ensemble de vos factures en attente (clients et fournisseurs) et les classe par date d'échéance.

Pour identifier rapidement les retards, on utilise un outil spécifique : la balance âgée.

Pour repérer les risques de trésorerie, vous devez calculer votre cash net à 30 jours. Voici la procédure étape par étape pour y parvenir à partir de votre micro-échéancier :

  1. Repérez les dates de valeur bancaire et les délais contractuels : Isolez toutes les factures clients qui doivent être payées dans les 30 prochains jours (encaissements) et toutes les factures fournisseurs à régler sur la même période (décaissements).

  2. Identifiez les retards : Surlignez les factures clients dont la date d'échéance est déjà dépassée. Faites la distinction entre un retard ponctuel (un client qui a oublié de valider un virement) et un impayé structurel (un client en redressement judiciaire).

  3. Calculez le solde : Additionnez les flux entrants attendus, soustrayez les flux sortants prévus, et ajoutez le résultat au solde actuel de votre compte bancaire.

  4. Concluez : Si le solde prévisionnel est positif, il n'y a pas de risque immédiat. S'il est négatif ou très proche de zéro, vous faites face à un risque de tension de liquidité.

Analysez les délais de paiement

Si votre diagnostic précédent révèle un risque de tension de trésorerie, vous devez en identifier la cause. Dans la majorité des cas, le problème provient des délais de paiement.

Pour évaluer ces délais sur une période mensuelle (30 jours), voici les formules à appliquer :

DSO = (Créances clients ÷ CA TTC) × 30 jours

DPO = (Dettes fournisseurs ÷ Achats TTC) × 30 jours

À noter : Si vous analysez ces données sur une année complète, remplacez le multiplicateur de 30 par 365 jours.

Comment interpréter ces résultats de manière actionnable ? 

Un DSO élevé signifie que votre trésorerie est "dormante" chez vos clients. C'est de l'argent qui vous appartient, mais dont vous ne pouvez pas vous servir. Plus les clients mettent de temps à payer, plus vos créances clients augmentent, ce qui alourdit votre besoin en fonds de roulement et dégrade votre trésorerie.

À l'inverse, un DPO élevé est mécaniquement bon pour votre trésorerie, car le cash est conservé plus longtemps en interne.

Imaginons que vous calculiez le DSO de NovaBât Services et que vous trouviez 52 jours. Or, vos conditions générales de vente exigent un paiement à 30 jours. L'interprétation est directe : vous subissez 22 jours de retard moyen à résorber ! Le levier d'action immédiat sera d'organiser des relances clients ciblées.

À vous de jouer !

Consigne

Vous poursuivez votre mission chez NovaBât Services. À l'aide de l'échéancier (de 30 à 90 jours), vous venez de calculer vos indicateurs mensuels :

  • Votre DSO est de 55 jours (alors que vos conditions de vente sont à 30 jours).

  • Votre DPO est de 30 jours (alors que vos fournisseurs acceptent légalement des paiements jusqu'à 45 jours fin de mois).

Le mois prochain, l'entreprise doit payer une forte charge sociale, ce qui va créer un "trou" de trésorerie de 15 000 €.

Identifiez les leviers les plus pertinents pour sécuriser le cash parmi les options suivantes, et justifiez chaque levier retenu en estimant son impact potentiel sur la relation commerciale et sur la trésorerie :

  1. Relances clients

  2. Escompte de règlement

  3. Étalement des décaissements

  4. Négociation des délais fournisseurs

Corrigé

Face à cette tension imminente, voici comment vous pouviez utiliser et justifier ces leviers :

  • Relances clients (Option retenue et prioritaire) :

    • Justification : Le DSO de 55 jours montre un retard moyen de 25 jours par rapport aux conditions contractuelles. L'argent est bloqué dehors.

    • Impact : En envoyant une relance ciblée et stricte sur toutes les factures dont l'échéance dépasse 30 jours, on ramène le DSO vers sa norme. L'impact en euros est massif et immédiat. L'impact sur la relation client est maîtrisé puisqu'il s'agit d'exiger le respect d'un contrat.

  • Négociation des délais (Option retenue) :

    • Justification : Votre DPO est de 30 jours, alors que la loi autorise jusqu'à 60 jours ou 45 jours fin de mois. Vous payez plus vite que nécessaire.

    • Impact : En allongeant le délai de règlement des fournisseurs "non critiques" (ceux dont l'activité ne dépend pas d'une livraison urgente), vous augmentez votre DPO. Le cash est conservé plus longtemps. L'impact sur la relation fournisseur est faible si la négociation est transparente en amont.

  • Étalement des décaissements (Option retenue pour le court terme) :

    • Justification : Pour la charge sociale de 15 000 €, NovaBât peut demander un étalement ponctuel.

    • Impact : Cela repousse une grosse sortie de cash et lisse le décaissement sur plusieurs mois, évitant le découvert.

  • Escompte de règlement (Option à écarter dans ce contexte) :

    • Justification : Proposer 1 à 2 % de remise pour un paiement comptant accélère certes les encaissements, mais rogne directement sur la marge bénéficiaire de l'entreprise. Les relances (option 1) sont gratuites et doivent être tentées avant de rogner sur la marge financière.

Priorisez les actions pour améliorer la trésorerie

Vous connaissez désormais les leviers pour améliorer votre BFR (Besoin en Fonds de Roulement). Cependant, lorsque le compte en banque menace de virer au rouge, il est impossible de tout mener de front. Vous devez apprendre à séparer ce qui peut être fait le jour même, de ce qui prendra plusieurs mois.

On peut distinguer ainsi deux grandes familles d'actions :

  1. les actions à effet immédiat

  2. et les actions structurantes.

Les actions à effet immédiat

Ces actions visent à faire rentrer du cash de manière ponctuelle et rapide, souvent en "forçant" le cycle d'exploitation :

  • Relancer immédiatement les clients en retard par téléphone ou via un logiciel de recouvrement.

  • Demander le paiement d'un acompte exceptionnel pour débloquer une commande importante.

  • Geler ou reporter une dépense non essentielle prévue dans le mois en cours (ex : retarder l'achat de petit matériel).

  • Solliciter l'étalement ponctuel d'une dette (fournisseur, URSSAF, impôts).

Les actions structurantes (actions de fond)

Ces actions mettent du temps à porter leurs fruits, mais elles soignent la maladie plutôt que le symptôme. Elles permettent de stabiliser la trésorerie durablement :

  • Réviser les Conditions Générales de Vente (CGV) pour imposer contractuellement le versement d'un acompte de 30% systématique à la signature d'un devis.

  • Mettre en place une solution de financement par mobilisation de créances, comme l'affacturage, où un organisme spécialisé - la société d’affacturage (ou l’affactureur) - vous verse immédiatement le montant de vos factures clients et se charge du recouvrement.

  • Revoir le processus interne de facturation : Une entreprise qui met 15 jours à émettre sa facture après la livraison subit 15 jours de retard d'encaissement mécanique. Automatiser la facturation réduit instantanément le DSO futur.

  • Négocier des délais de paiement standards plus longs avec les fournisseurs clés lors du renouvellement annuel des contrats.

Comment choisir ? 

Face à une urgence de trésorerie (à un horizon de 1 à 4 semaines), activez immédiatement les actions à effet immédiat. Une fois l'incendie éteint et la liquidité restaurée à court terme, initiez les chantiers des actions structurantes pour éviter que la situation ne se reproduise.

À vous de jouer !

Consigne

La dirigeante de NovaBât est inquiète des tensions de trésorerie repérées sur l'échéancier. Elle souhaite que vous lui présentiez une feuille de route claire pour redresser la situation avant d'étudier le financement de la nouvelle machine. À partir de votre diagnostic précédent (DSO à 55 jours, DPO à 30 jours, trou de trésorerie de 15 000 € à venir), proposez-lui un plan d'actions synthétique et priorisé.

Corrigé

Pour être lisible par votre dirigeante, votre plan d'action doit synthétiser les signaux détectés et les séparer temporellement. Voici comment vous pouviez structurer cette restitution :

Signaux d'alerte détectés
  • Trésorerie latente chez les clients (DSO = 55j au lieu de 30j).

  • Décaissements fournisseurs trop anticipés (DPO = 30j au lieu de 45j fin de mois possibles).

  • Tension prévue le mois prochain (-15 000 €).

Plan d'actions priorisé pour la direction

Étape 1 : Les actions à effet immédiat (à lancer dès cette semaine pour sécuriser le mois prochain)

  • Lancer une campagne de relance téléphonique soutenue, ciblant spécifiquement les factures échues créant les 25 jours de retard de notre DSO.

  • Contacter immédiatement l'organisme collecteur pour négocier l'étalement de la charge sociale de 15 000 € sur 3 mois.

Étape 2 : Les actions structurantes (à mettre en œuvre d'ici la fin du trimestre)

  • Instaurer une règle de facturation systématique d'acompte (30%) dès la validation des futurs devis, afin d'encaisser de la trésorerie avant même le début des prestations.

  • Contacter l'ensemble des fournisseurs non-stratégiques pour basculer les contrats actuels (30 jours) vers le délai de 45 jours fin de mois, afin d'allonger structurellement le DPO et conserver le cash plus longtemps.

En résumé

  • Le solde de trésorerie dépend des encaissements et décaissements réels, induits par le besoin en fonds de roulement (BFR).

  • L'échéancier et la balance âgée sont vos outils principaux pour calculer un "cash net à 30 jours" et distinguer le cash attendu du cash certain.

  • Le DSO (délai de règlement clients) doit être le plus court possible pour limiter l'argent dormant à l'extérieur, tandis que le DPO (délai de règlement fournisseurs) doit être optimisé sans froisser vos partenaires.

  • Face à une crise de trésorerie, activez en priorité les actions à effet immédiat (relances clients, étalement des dettes) avant d'engager des actions structurantes (modification des acomptes, affacturage) pour pérenniser l'entreprise.

Dans le prochain chapitre, nous irons plus loin : une fois votre trésorerie optimisée par ce plan d'actions, nous apprendrons à évaluer et comparer les véritables solutions bancaires pour anticiper et combler un besoin de financement à court ou moyen terme !

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